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Conseils : Intolérance au lactose

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Un article de France Evrard

Au sommaire :

Définition et métabolisme

Le lactose est un disaccharide, c'est- à-dire un sucre « double » que l'on retrouve essentiellement dans le lait et ses dérivés. Sa saveur sucrée n'est qu'environ 20 % de celle du saccharose (sucre de table) et son index glycémique peu élevé le classe dans la catégorie des sucres à assimilation lente. Cette assimilation se réalise dans l'organisme au niveau de l'intestin grêle et est conditionnée par la présence d'une quantité suffisante de lactase (bêta-galactosidase) intestinale qui est une enzyme digestive. Celle-ci apparaît peu après la naissance, son taux atteignant un maximum après quelques semaines puis diminuant progressivement pour atteindre parfois des taux très bas chez l'adulte. 

La Lactase hydrolyse (NDLR : ou scinde) le lactose en ses deux sucres digestibles constitutifs, le glucose et le galactose, qui sont alors résorbés. Le lactose non digéré est transformé par la flore microbienne colique en acide lactique, dont on retrouve des quantités importantes dans les selles. Dans de nombreuses régions du monde (Afrique, Asie, Amérique du Sud), la production de lactase par l'intestin grêle de l'adulte est encore moins importante qu'en Europe et en Amérique du Nord. Une intolérance au lactose acquise, donc non-congénitale, se rencontre très fréquemment dans ces populations ce qui compromet toute utilisation des surplus laitiers des pays développés pour soulager la malnutrition régnant à l'état endémique dans ces contrées. 

Le lactose est beaucoup mieux toléré chez les peuples nomades d'Afrique du Nord que parmi les sédentaires. Ce phénomène s'explique par le fait que les nomades se déplacent avec leurs troupeaux et qu'ils consomment en grande quantité lait de vache, de chèvre ou de brebis et ce depuis de nombreuses générations. Leurs organismes se sont donc adaptés à ce régime alimentaire et ont développé au cours des siècles une capacité de production de lactase suffisante pour leur permettre de digérer le lait et ses dérivés. 

Intolérance au lactose 

Ballonnements, diarrhées, nausées, coliques et douleurs abdominales peuvent être les signes d'une intolérance au lactose qui compromet certes la qualité de vie de celui qui en souffre mais peut également engendrer des troubles plus graves (déshydratation importante chez le nourrisson suite à des diarrhées sévères). Cette intolérance est la conséquence directe d'une production insuffisante voire totalement absente de lactase par l'organisme. 

On parle dès lors d'alactasie partielle ou totale selon que l'organisme concerné fabrique peu ou pas du tout de lactase. Il existe de rares cas d'intolérance congénitale au lactose (alactasie congénitale due à un mécanisme autosomique récessif) due à l'incapacité de l'organisme à synthétiser la lactase. Certaines maladies du tube digestif peuvent également réduire la quantité d'enzymes produites (maladie coeliaque...). 

L'intotérance au lactose peut se déclarer à tout âge. Il semble que les adultes en soient le plus fréquemment victimes car les jeunes enfants, et les nourrissons en particulier, possèdent une quantité souvent importante de lactase leur permettant d'assimiler le lait maternel qui contient beaucoup de lactose. 

Il semblerait que l'alactasie de l'adulte et de l'adolescent résulte, du moins en partie, de la perte d'habitude de consommer de manière régulière des produits laitiers. 

La répartition de l'intolérance au lactose autour du globe démontre que tous les êtres humains ne naissent pas égaux face à ce disaccharide ! En effet, seulement 4 % de la population scandinave en souffre alors que l'incidence augmente à mesure que l'on gagne les régions du sud. 

La Belgique compte 10 à 20 % d'intolérants au lactose dans sa population, les pays du pourtour méditerranéen avancent des chiffres de l'ordre de 50 à 75 %, l'Afrique affichant quant à elle un taux étonnant de 80 % et l'Asie et l'Extrême-Orient connaissent une ampleur du phénomène inégalée avec 90 % d'intolérance dans la population. À l'échelle mondiale, c'est une proportion de trois quarts de la population qui est touchée par ce phénomène.

Ne pas confondre... 

Bien que les deux phénomènes soient totalement différents, la confusion règne joyeusement entre intolérance et allergie au lait ! Le terme d'intolérance atteste de l'absence totale ou partielle de l'enzyme (dans ce cas, la lactase) assurant soit le processus de digestion d'un nutriment, soit sa métabolisation (assimilation du lactose). 

L'intolérance ne suscite pas de réaction du système immunitaire. L'allergie est caractérisée par une réaction immunitaire face à un allergène alimentaire ou « trophallergène », le plus souvent une protéine (dans ce cas, les protéines du lait - caséine, alpha-lactalbumine, bêta-lactoglobuline pour les plus importantes d'entre elles). 

Comment diagnostiquer l'intolérance au lactose? 

Seul le médecin est en mesure de poser un diagnostic définitif. A ces fins, plusieurs tests peuvent être utilisés. 

L'un d'eux est Le « Breath Hydrogen Test» qui consiste à évaluer la présence d'hydrogène dans l'air expiré par le patient avant et après l'ingestion de 10 grammes de lactose en solution. Le lactose non digéré dans l'intestin grêle se transforme en gaz sous l'action des bactéries coliques (bactéries présentes dans le gros intestin faisant suite à l'intestin grêle :le coton), dont l'hydrogène. Cet hydrogène passe ensuite dans la circulation sanguine pour rejoindre les poumons d'où il est exhalé en même temps que l'air. Plus le niveau d'hydrogène dans le souffle est élevé, moins performante est la digestion du lactose dans l'intestin grêle et donc moins efficace est la capacité de production de lactase par l'organisme. 

On peut également recourir au « Test de Tolérance au Lactose » qui consiste à mesurer le taux de glucose dans le sang après ingestion d'une quantité déterminée de lactose. Rappelons que la lactase décompose le lactose en glucose et galactose qui est transformé à son tour en glucose. Le glucose pénètre dans le sang et élève la glycémie (taux de sucre sanguin) du patient. En cas de digestion imparfaite du lactose, le taux de glucose sanguin s'élève modérément, voire pas du tout ! 

Ces 2 tests sont déconseillés aux enfants en bas âge et en très bas âge car une quantité importante de lactose peut provoquer une diarrhée sévère avec risque majeur de déshydratation, laquelle constitue un danger plus important chez le petit enfant que chez l'adulte. Dans la plupart des cas, lorsqu'une intolérance au lactose est soupçonnée, le pédiatre se contentera de modifier la formule du lait et d'observer l'évolution des symptômes. 

Dans la pratique, chacun de nous peut se faire une idée approximative de sa propre tolérance au lactose en consommant à jeun un à deux verres de lait et en observant ensuite l'apparition des symptômes caractéristiques. 

Quelles sont les solutions ?

On pourrait bien sûr ne plus consommer d'aliments contenant du lactose, mais ce n'est malheureusement pas aussi facile qu'il y paraît ! En effet, le lactose est souvent présent là où on l'attend le moins : potages, jus de fruits, biscuiterie, pain, céréales et médicaments qui comportent fréquemment le lactose comme excipient. 

Supprimer toute source de lactose n'est donc pas évident. Il est également dommage d'exclure les produits laitiers qui apportent des nutriments essentiels comme le calcium, indispensable en période de croissance chez l'enfant et dans la consolidation osseuse chez l'adulte, chez la femme en particulier. La plupart des intolérants au lactose souffrent d'une carence partielle en lactase mais non d'une absence totale de cette dernière. On peut donc privilégier la consommation d'aliments pauvres en lactose : lait appauvri en lactose par l'utilisation d'une lactase microbienne qui hydrolyse le lactose du lait, yaourts « maison » (pas d'adjonction de poudre de lait à la fin du processus de fermentation), fromages à pâte dure, lait de soja et dérivés qui n'en contiennent pas.

Une autre solution consiste à corriger cette quantité déficitaire de lactase par un apport en lactase synthétique. De tels compléments sont à prendre une demi-heure avant un repas «à risques» ce qui permettra une digestion normale de produits contenant ou pouvant contenir du lactose. 

France EVRARD, Licenciée en Biologie, Master of Nutrition UCG  (University College Galway) 
Article paru dans Oasis Allergie - décembre 2002 N° 53


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